samedi 25 février 2012

La RUE des SEPT-SCEAUX


Nous poursuivons avec cet article l'étude des rues de Layrac, qui a débuté avec la Rue de Montfort (voir publications du 10 novembre 2010 et du 10 janvier 2011), pour nous pencher sur  l'une des rues les plus énigmatiques et des plus intéressantes du vieux Layrac : la rue des Sept-Sceaux.

Énigmatique de par son nom et intéressante car elle n'a guère évolué depuis la fin du XV ième siècle !

La photo ci-dessous, prise dans les années 30 nous en offre en effet une image assez proche de ce qu'elle devait être au Moyen Age.

La rue des Sept Sceaux, sur une carte postale des années 1930

Que dire de son nom : des Sept-Sceaux

Si l'on fait quelques recherches, on trouve que le concept du chiffre sept associé à des sceaux n'est présent que dans le livre de l'Apocalypse selon Saint Jean : cela semble un peu farfelu  et bien mystérieux pour notre rue. Il apparaît donc très vite que l'orthographe "sceaux" est une erreur de transcription récente. En effet, sur le cadastre Napoléonien publié en 1828, l'orthographe est "seaux". (le mot est calligraphié de la même façon que  "Beaux ", une rue plus loin). 


Extrait du cadastre napoléonien de 1828
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)
Par contre, sur les cadastres ou  "livres terriers" antérieurs, de 1760, 1679 et 1624, l'orthographe fluctue entre "seaux" et "saux" .
Nous arrivons pour le coup à une explication beaucoup plus pertinente : le mot "saux" est une dérivation de "saulx", lui-même provenant du latin salix, salicis , le saule.

Nos sept sceaux seraient donc sept saules !

Une nouvelle recherche, géographique cette fois,  à travers la France, nous confirme que notre hypothèse à des chances d'être la bonne :
Il existe une rue des Sept Saules dans la commune d'Othis (77280 – Seine et Marne)
Il existe même une ville de Sept-Saulx dans la Marne (51)
Il existe un port de Sept-Saulx en Moselle (57)


Le port de Sept-Saulx (57)
Carte postale colorisée, vers 1915

Mieux encore, la ville de Saussines, dans l'Hérault,  dont l'étymologie est la même, a pour armoiries …. Sept saules !

Armes de la ville de Saussines (34)

                                                                                               Lien vers le site de la ville de Saussines

Il semble dès lors évident que l'on rencontre une association, somme toute assez courante dans notre histoire, du chiffre sept et du saule.

Il y a 7 saules sur les armoiries de Saussines et non pas 3, 5 ou 8 !

Cela a même inspiré certains artistes :

 "Sept saules élagués"
Gravure de Jean Eugène BAFFIER - Musée du Berry , Bourges
  
Reste à savoir pourquoi ?

Le saule

C'est un arbre qui existe depuis la plus haute antiquité et qui fait partie de ces arbres que vénéraient nos ancêtres celtes et gaulois. Son nom latin provient d'ailleurs du celte et signifie "près de l'eau". C'est un arbre poussant en effet près des rivières et points d'eau, en bordure de fossés.
Son écorce, réduite en poudre, est connue dès l'époque antique pour soulager fièvres et douleurs. On en extraira plus tard l'acide acétylsalicylique ou "aspirine"

Planche botanique du Saule
  

Le  7

Depuis l'Antiquité et les débuts de la Chrétienté, le chiffre 7 est hautement symbolique : il correspond aux  jours de la création,  repris dans notre semaine,  aux péchés capitaux, au nombre de premiers diacres ordonnés par les apôtres (cf Actes 6, 1-6), mais aussi aux fameux sceaux qu'il faut briser dans l'Apocalypse. 
Il en va de même dans la tradition hébraïque :
- Lors de la prise de Jéricho, sept prêtres portant sept trompettes doivent, le septième jour, faire sept fois le tour de la ville. (Josué 6, 6-20)
- Salomon construisit le temple en sept ans.
- Lors de la mort d'un proche parent, on observe une période de deuil de sept jours (Chiv'a).
On retrouve ce chiffre dans les sept branches de la ménorah (chandelier), les sept rives d'Israël (Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, Joseph, David)...

7, c'est le nombre des Merveilles du monde Antique, celui des couleurs de l'Arc en ciel, des notes de musique, de la neutralité du Ph. Dans l'imaginaire des contes, on le retrouve toujours et encore : Blanche Neige est accompagnée de 7 nains et chez le Chat Botté, les bottes sont de 7 lieues.


Dès lors, rien de surprenant à ce que le chiffre 7 soit également associé à des saules. L'association remonte peut-être donc à ces débuts de la chrétienté où symboles gaulois païens (le saule) se mêlent souvent à des symboles chrétiens (le sept).

Pour Layrac, qui sait,  il nous renvoie peut-être aux anciens fossés qui bordaient la ville au moyen-âge et sur les bords desquels poussaient peut-être des saules ? ?


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